Après la manifestation du DAL du samedi 14 avril, nous avons pris contact avec Daouda pour discuter de la situation des occupants du Mail de Fontenay.

Nous tenons à remercier Daouda, sa femme et ses enfants pour nous avoir ouvert leur porte et confié leur histoire.

Texte et son : Laure Miège

Photos : Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Lien interview Daouda audio

Retour sur l’occupation du Mail de Fontenay :

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Je suis le porte-parole du collectif du Mail de Fontenay.  Je suis le représentant de toutes ces familles qui ont occupé un appartement par nécessité. Nous sommes arrivés ici en 2009. Nous sommes les seconds à être arrivés ici. Par appartement 4 chambres comme celui-ci, on peut loger 3,4 familles (pour le moment il y a mon frère, un ami, ma femme et mes deux enfants). Quinze familles sont arrivées ensuite dans l’immeuble. Du moins, pour ceux qui se sont fait connaitre auprès du collectif. Parce que lorsque les expulsions ont commencé, on s’est rendu compte qu’il y en avait bien d’autres.
Ici on est dans un logement social. L’immeuble appartient à l’Office HLM, c’est eux qui gèrent les logements sociaux. Le bâtiment est bien, mais le quartier n’est pas terrible question sécurité. C’est pour cette raison qu’il y a des locataires qui ont signés des baux, mais surtout beaucoup d’appartements qui restent vides.
Quand ils sont vides, des jeunes viennent les ouvrir. On les appelle les marchands de sommeil.  Quand on est arrivé, on leur a donné 1200€. Si t’as nulle part où aller, tu n’as pas le choix. On a fait les peintures, on a refait l’intérieur.
Le lendemain de notre arrivée, les flics sont venus, le gardien les avait prévenus. On a discuté, on leur a expliqué pourquoi nous étions là avec ma femme et ma fille, ils n’ont rien fait. Puis il y a l’huissier qui est venu, on a été convoqué au tribunal et ils nous ont dit qu’on occupait les lieux illégalement. Mais bon c’était la procédure, ils devaient juste faire le constat.
Après ça, malgré le fait qu’on était là illégalement, ils nous ont envoyé des quittances de loyer, des avis d’échéance. Pour prouver notre bonne fois, on a dit au gens de payer au moins la moitié si possible.
Ensuite, on a reçu des courriers pour assurer l’appartement, donc on a suivi la loi et on a assuré l’appartement. Parfois, on reçoit des factures d’eau, là aussi on fait ce qu’il faut. Ça fait trois ans qu’on vit comme ça ici.

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Pour la mairie, nous sommes des squatteurs, on n’est pas officiellement de la commune. Du coup, ils ont refusé de scolariser nos enfants. On a dû batailler. On a gagné, mais seulement ceux qui sont arrivés y a trois ans. Ceux arrivés il y a un an  n’ont pas pu.
On a fait une liste quand on est arrivé, il y a trois ans, avec le nom de nos enfants et tout, comme ça la mairie savait. Mais au début, les nouvelles familles ne se font pas connaitre parce qu’elles ont peur. Si on le savait plus tôt, on pourrait aller voir la marie pour les faire ajouter sur la liste, mais souvent, ils y ont déjà été seuls et se sont fait refuser, alors c’est plus compliqué.

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Début des expulsions :

Un jour, le 29 mars, ils ont commencé à expulser des familles sans prévenir personne. Ils sont arrivés à 9h du matin, et ils ont vidé tout l’appartement, en laissant les gens là. Avant, ils expulsaient d’un coup toutes les familles qui occupaient illégalement, mais ça faisait trop de bruit, ce n’était pas bon pour l’image du pays. Du coup ils ont trouvé un autre moyen, ils expulsent personne par personne. Pour le moment, ils ont déjà vidé 10 appartements, ça doit faire une quinzaine de familles.
D’abord, on était tellement surpris qu’on n’a pas su réagir. Puis, on a décidé de pas laissé faire.  Le premier jour, il fallait trouver une solution pour ces familles qui se trouvaient dehors. On a été voir la mairie qui nous a dit que ce n’était pas eux, qu’il fallait aller voir la préfecture. La préfecture a alors renvoyé la balle à la mairie. Du coup, on a été voir le DAL pour qu’ils nous aident. Ils connaissent les lois, savent les droits qu’il faut revendiquer etc. Nous, on y connait pas grand-chose.
Après ça, on s’est mobilisé. Un mardi, ils sont venus pour expulser des familles. On les en a empêché. Ils sont alors venus avec du renfort, pour expulser plus violemment (cf. vidéos du DAL).

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Voilà en gros. Les expulsions continuent. Comme on a été à la mairie pour trouver une solution, ils nous ont dirigés vers des assistantes sociales qui ont donné à ces familles une chambre d’hôtels pour un mois. Mais bon après un mois, on ne sait pas, et puis ce n’est pas une vie d’aller d’hôtel en hôtel. Parmi ces familles, il y a des personnes-là qui ont un droit au logement opposable depuis plus d’un an.
Aujourd’hui, on ne dort pas, on se repose, mais on ne dort pas. On ne sait pas quand ils vont venir, on sait qu’ils vont nous expulser mais on ne sait pas quand. C’est de la loterie.  Ça use, c’est ça le pire, c’est d’être là, d’attendre sans savoir quand ça sera à notre tour. Et puis avec  les manifestations et tout, on met beaucoup d’énergie. Les expulsions sont prévues jusqu’au 11 mai. Il y a 15 appartements qui doivent être expulsés. Le compte est bon, on y passera tous. Enfin en attendant on a fait nos sacs, j’ai rentré la télé, on est prêt, ce n’est pas facile, mais bon.

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

C’est tout ça qu’on dénonce, vous faites sortir des familles avec des enfants, et vous laissez ces lieux vides. Si vous mettiez d’autres gens à la place, on ne pourrait rien dire, mais il n’y a personne qui loge là-dedans.
Cette politique de renvoyer les gens ailleurs pour à nouveau les virer quelques temps après ne fait toujours que déplacer le problème plutôt que de le régler.
Le préfet qui est là dans le 93 a été placé là par Sarkozy. Normalement,  il était à  la retraite, ils ont dû voter une loi pour qu’il reste encore deux ans. Ils l’ont placé là pour qu’il nettoie le 93. Voilà ce que ça donne.
Y a une famille dans un des bâtiments, un couple de sans papier avec des enfants, il pait les indemnités, il travaille, il nourrit sa famille, … Faut avoir des solutions pour ces gens-là. Il suffit pas de  déplacer le problème, faut des solutions. C’est ce qu’on dénonce, on n’a pas demandé ça, personne ne mérite ça, on revendique nos droits, moi et tous ceux qui sont dans la même situation que nous, avec ou sans papier, tu as des droits aussi. On revendique tout ça.

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Daouda, portrait d’un expulsé en sursis :

Je travaille dans la sécurité incendie. Depuis les expulsions, j’ai demandé à mon patron qu’il me fasse travailler la nuit, comme ça je suis là en journée si jamais… Je commence à 20h, je finis à 8h du matin.
Je suis arrivé ici en 97. C’est le club de Rennes qui m’a fait venir ici, j’avais 17 ans. Avant,  j’étais footballeur professionnel. Jusqu’à ce que je sois blessé, en 2008.

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Suite à cette grave blessure, j’ai dû arrêter, il a fallu passer à autre chose. Ce n’est pas facile mais bon. Être au sommet et descendre au plus bas, enfin au plus bas, là où j’en suis quoi.
Mais avant j’avais besoin de greffe pour bien marcher. J’avais le cartilage complètement usé à cause du foot.
Ma greffe est arrivée en 2009. Il a fallu passer à autre chose tout de suite pour ma femme, pour mes enfants. Fallait bien qu’ils vivent. Fallait pas que je plonge, fallait tout de suite réagir, ce que j’ai fait. J’ai donc passé mes diplômes de sécurité en incendie.
Aujourd’hui j’ai un CDI, même si je n’étais pas dans le domaine je me suis bien adapté. Je travaille, j’ai les moyens de payer un logement social pour faire vivre dignement ma famille, mais voilà.

Paris 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi