Le dimanche 12 février, comme à différentes occasions depuis des mois, les syriens de Belgique, toutes confessions confondues, se sont rassemblés dans le centre de Bruxelles. Nous sommes partis à leur rencontre sur les marches de la Bourse.

Propos recueillis par Laure Miège

Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Moussa

Moussa est un jeune homme de 21 ans qui vit depuis deux ans en Belgique. Toute sa famille dont ses 7 frères et sœurs sont restés en Syrie, dans la ville de Diara.

C ‘est très dur pour lui de ne pas avoir de nouvelle d’eux ou presque, à cause des coupures d’électricité. Il explique que sa famille n’a plus d’accès au gaz ni à l’eau.

Dans cette petite ville, la répression est féroce, les tanks tournent partout, et les tirs commencent dès 4h du matin. « Chaque personne qui s’oppose au régime dans la rue risque la mort », nous explique-t-il.

Ce qui l’ anime, c’ est la volonté de faire tomber ce régime, « Bachar et toute sa clique » comme il les appelle, et de retrouver la liberté.

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Siba

Siba vit en Belgique depuis plusieurs années. Elle est originaire d’Alep. « Là bas, c’ est encore calme comparé à d’ autres villes » nous dit-elle.

Son beau frère, qui a 19 ans, fait actuellement son service militaire. Ils n’ont aucune nouvelle de lui, ils ne savent pas s’il est mort, s’il a été obligé de tirer sur des civils, aucune information ne leur parvient. L’inquiétude est à son comble à son sujet dans la famille.

Siba nous explique que dans les villes, l’électricité est régulièrement coupée tout comme le téléphone. L’eau manque aussi. Et les gens ont peur, du coup ils ne disent pas grand chose les rares fois où ils sont joignables.

Siba affirme qu’elle n’a pas peur du régime, elle vit ici et sait que tant que celui-ci est en place en Syrie, elle ne pourra pas y remettre les pieds. Elle s’est permise de critiquer le gouvernement sur facebook et depuis sa vie est menacée là bas. Pour cela, son oncle a d’ailleurs été arrêté et interrogé à son propos.

« Tous ceux qui manifestent ici ont été pris en photo, tous ont leur nom à l’aéroport, et s’ils rentrent, c’est soit la prison soit la mort qui les attend » nous explique t-elle.

Siba ne s’attendait pas à un tel mouvement dans son pays, mais elle s’en réjouit. Elle nous explique que chaque syrien a au moins un proche dans sa famille qui a été tué par le régime durant les féroces répressions des années 80. La concernant, ce sont deux cousins qui, à l’ époque, ont été assassinés.

Elle nous explique également que d’une part l’écart entre pauvres et riches se creuse énormément en Syrie ( une grande partie de la population ne vit qu’ avec 2 dollars par jour), mais d’autre part que la revendication première du mouvement est la ‘liberté’. « On veut retrouver notre fierté, que le régime arrête de nous mépriser».

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Androon

Androon a 25 ans, il vit à Anvers depuis 7 mois et est originaire de Lattakia.

Androon nous explique qu’en 2007, il a du, comme tous les syriens de son âge, faire son service militaire. A cette époque, les premiers signes d’opposition au régime se manifestaient. Il a alors refusé d’intervenir et de tirer sur les manifestants. Ce refus le conduisit immédiatement en prison militaire durant l’entièreté de son service. Il y fut battu, maltraité, enfermé dans une cellule d’à peine 1 m sur 1 m durant 6 à 7 heures par jour.

Il est ensuite devenu marin. C’ est alors, sur un bateau, qu’ il apprit la mort de son cousin parce que ce dernier participait aux manifestations. Le Capitaine du bateau,  s’apercevant de la rage qui l’ animait et voulant lui éviter les problèmes, notamment d’être dénoncé par d’autres marins, décida de le laisser à Anvers, en sécurité.

Durant l’interview, il nous a répété plusieurs fois qu’il ne comprenait pas comment on pouvait être capable de tuer sans impunité des enfants, des femmes et des hommes luttant simplement pour leur liberté.

Il dit pourtant garder espoir. Selon lui, si on peut voir des manifestations en Syrie, comme ici, où les hommes et les femmes chantent leurs slogans, c’ est parce qu’ ils se rendent comptent de leur force quand  ils luttent ensemble pour défendre leur liberté. Et même si l’Etat assassine impunément, ils ont espoir que leur combat renversera le régime et qu’ ils accèderont à cette liberté.

Ce régime aura décimé (depuis les années 80) la moitié de la famille d’Androon.

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Lina

Lina participe au comité et à la coordination de soutien à la révolution syrienne depuis leur création.

Elle vit en Belgique depuis 1978. Toute sa famille, elle, vit du côté de Hammer et de Damas. Comme les autres, elle a très peu, voire pas du tout de nouvelles d’eux. Elle nous explique que même lorsqu’elle arrive à en joindre certains, aucun d’eux n’ose parler toujours de peur des représailles.  Dans ces conditions, nous dit- elle, impossible de savoir réellement comment ça se passe, puisque même s’il était arrivé malheur à un membre de sa famille, on lui dirait par téléphone que tout va pour le mieux.

Au départ, elle n’ était pas révoltée contre le régime en place, elle ne s’ y opposait pas. Elle est devenue fervente opposante dès lors que les manifestations massives ont commencé et qu’ elles ont été  réprimées dans le sang,.

« Je me suis engagée lorsqu’ils ont commencé à tuer le peuple. Ils ont torturé des enfants de 8 à 13 ans parce qu’ ils avaient écrit sur le mur « le peuple veut la fin du régime », vous vous rendez compte ? Et ils ont dit à leurs familles qui sont allées les récupérer au poste « Oubliez ces enfants là, et si vous ne pouvez pas, on en fera d’autres à vos filles ». On ne peut pas accepter de telles atrocités », nous exprime-t-elle.

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi

Bruxelles 2012 © Karim Brikci-Nigassa / Collectif Krasnyi