Mr Ali Khedher a participé à l'action du 3 avril 2014 contre la tenue d'un meeting du Vlaams Belang dans la Galerie de la Reine. Il a été arrêté par des policiers en civils non identifiés et est aujourd'hui accusé de rébellion. Lors de cet évènement, un de nos photographes a aussi été attaqué violemment par un de ces agents. Nous l'avons rencontré dans les locaux du Centre Culturel Arabe pour en discuter avec lui :

Collectif Krasnyi : Bonjour, est-ce que vous pouvez vous présenter?

Mr Ali Khedher : Je m’appelle Ali Khedher. Je suis professeur universitaire et je suis le fondateur ainsi que le responsable actuel du Centre Culturel Arabe qui a aujourd’hui 26 ans d’existence. Dans ce centre, nous donnons des cours d’arabe, nous avons ouvert une académie de musique arabe et nous préparons un musée qui sera accessible au public en septembre.

Krasnyi : Pouvez vous nous expliquer la raison de votre participation à la manifestation du 3 avril dernier contre l’extrême droite à Bruxelles?

AK : Je considère que ça me concerne dans le sens où je suis un fruit de l’immigration. J’ai souvent participé aux manifestations pour défendre le droit des immigrés et contre la répression exercée sur eux. Ca m’arrive donc souvent d’être présent dans l’une ou l’autre réunion ou manifestation de ce genre parce que j’estime que c’est un devoir d’être là. De plus, si moi qui travaille dans le domaine culturel, je n’y participe pas, alors qui va y participer?

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Krasnyi : Comment avez vous été mis au courant de cette action ?

AK : J’ai été informé de la manifestation par le Front Anti Fasciste dans lequel j’ai plusieurs amis qui m’ont proposé d’y participer. J’en profite pour dire aussi que dans le FAF, personne n’a moins de 60 ans, le plus jeune c’est moi et j’ai 62 ans.

Donc on était là, avec plusieurs amis et j’étais en train d’observer les “deux camps” avec d’un côté, les néonazis et de l’autre les jeunes antifascistes. J’ai assisté à la bagarre qui en a découlé, avec ces néonazis qui attaquaient à coup de chaises et de tables les manifestants antifascistes. Je regardais et j’ai vu quelqu’un tomber par terre, blessé.  La police était déjà là et elle n’est pas intervenue.

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Krasnyi : Qu’est ce qui a provoqué votre arrestation?

AK : Moi, j’étais vraiment très calme, je regardais, je n’ouvrais même pas la bouche parce que je considérais que ma présence en elle même avait son importance pour mes amis, pour la communauté arabe. Et puis à mon âge bien sur, je ne peux pas me bagarrer contre ces néonazis…(rires).

A un certain moment, il y a eu une bousculade derrière moi juste à l’entrée de la Galerie de la Reine. Quand j’ai tourné la tête, j’ai vu qu’ il y avait beaucoup de gens et c’est à ce moment que j’ai vu quelques personnes, le crâne rasé, qui trainaient une fille par terre. Alors, je suis intervenu pour la libérer mais je tiens à préciser que je n’ai pas touché à ces policiers. En fait, je ne savais même pas que ces gens étaient de la police, ils ne portaient ni brassard, ni rien. Il n’y a rien qui pouvait me dire qu’ils étaient de la police. Donc j’étais à côté de cette fille, j’essayais de la tirer et c’est à ce moment là que j’ai reçu un coup sur l’oreille. Je suis tombé inconscient, je ne sais pas combien de temps et quand j’ai ouvert les yeux il y avait deux-trois messieurs sur moi . Ils m’ont mis les mains derrière le dos, mon visage par terre avec leur genoux sur mon dos et j’ai encore reçu un coup sur la poitrine qui m’a vraiment fait mal, qui me fait mal encore aujourd’hui. Puis on m’a menotté et on m’a mis contre un poteau. J’ai aperçu un policier en uniforme plus loin que j’ai interpelé en criant pour lui demander de me libérer de ces gens. C’est là qu’ ils m’ont dit qu’ils étaient de la police et c’est donc seulement à ce moment là que j’ai compris qui ils étaient.  Je vous assure que quand on les voit, on ne pense absolument pas qu’ils sont de la police, leurs vêtements, leur attitude ne montrent pas ça. Quand on voit comment les néonazis s’habillent, on pense tout de suite qu’ils en sont.

Krasnyi : Mais, c’était bien des policiers en civil ?

AK : Dans une telle situation, je vous jure qu’on ne peut pas croire qu’ils sont des gardiens de l’ordre public. Au niveau de leur comportement par exemple : ils criaient contre l’un ou l’autre passant qui demandait pourquoi on m’arrêtait. Leurs réponses étaient très agressives et puis je crois, si je me souviens bien, qu’ils ne voulaient pas laisser votre photographe me prendre en photo.

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Après ils m’ont amené au poste de police. A ce moment là, des camarades du FAF sont venus aussi, pour me soutenir. C’est là que les choses ont commencé à changer. La plupart  des policiers au poste n’étaient pas d’accord avec ceux qui m’y ont amené. Je ne sais pas ce qu’il se passait entre eux mais il y avait des polémiques. Les policiers qui m’ont arrêté ont porté plainte contre moi pour rébellion, tentative de vol (d’une matraque) et coups et blessures. On m’a donc arrêté judiciairement.

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Krasnyi : Vous parlez de polémiques, nous avons lu dans la presse que ces policiers n’étaient pas censés être là?

AK : Oui et d’ailleurs, l’un des policiers qui a pris ma déposition, m’a dit qu’il ne croyait pas ce que disaient ceux qui m’ont arrêtés. Il a prit l’initiative de téléphoner au Procureur du Roi en lui expliquant la situation, que je n’avais pas le profil de quelqu’un de violent,…

C’est alors que le Procureur a décidé de me faire sortir. Je suis resté près de quatre heures au commissariat. Quelques jours plus tard, j’ai vu la déclaration de Mr Mayeur dans la presse qui disait qu’il n’était pas au courant de la présence de ces agents de la police fédérale. Il y a quelque chose qui ne va pas. A mon avis, il y a un enjeu politique vu que les élections approchent, enfin je ne sais pas…

Krasnyi : Vous avez porté plainte?

AK : Quand on m’a relâché, j’ai tout de suite été porter plainte. Ce sont d’ailleurs des agents du commissariat qui m’ont conseillé de porter plainte immédiatement et de passer chez le médecin pour constater les coups et lésions. Pour le moment ma plainte a été déposée à la police qui l’a fait suivre au Comité P. On attend les suites…

Krasnyi : Et si demain on vous contacte pour une autre mobilisation de ce type?

AK : Vous savez moi je ne suis plus très jeune. Je veux dire par là que ce type d’ évènement ne peut plus influencer ni ma pensée ni mon orientation. Ca veut dire que je suis et je resterai toujours la même personne. Et donc oui, bien sur, je serai toujours là! Je peux dire que ce qui s’est passé ne me fait pas peur, on en voit tellement dans une vie que ce n’est pas ce genre de chose qui vont m’ arrêter. Vous savez, je suis d’origine Irakienne. J’ai vécu le régime de Saddam Hussein avec toute son armada fasciste d’endoctrinement et de violence. S'ils n’ont pas pu me changer, ce n'est pas ces pauvres policiers ici qui vont y arriver.

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Nous remercions Ali Khedher d’avoir bien voulu nous recevoir et d’avoir accepté cet interview. Comme il l’expliquait, il a déposé plainte et le dossier est en cours. Si jamais vous lisez cet interview et que vous étiez présent lors de cette manifestation et témoin de ces évènements, n’hésitez pas à nous contacter afin que l’on vous mette en contact avec Mr Khedher. 

Vous pouvez retrouver notre reportage sur cette action en cliquant sur ce lien.

Laure Miège / Karim Brikci / Collectif Krasnyi