Calais / 10-06-2016 /

La jungle a repoussé, un peu plus loin. Quelques mois après le démantèlement de sa zone sud, la majorité de ses habitants se sont alors tout simplement déplacés au nord de la zone. 

Elle s’est reconstruite, avec les moyens du bord. De la même façon qu’elle s’était construite et qu’elle se reconstruira tant qu’aucun moyen ne leur sera donné. Eux, qui ne sont autre que nos semblables dont la seule tare est d’être nés au mauvais endroit, au mauvais moment. Parce que de toute évidence ce n’est pas en détruisant leurs habitats de fortunes qu’on résoudra le problème de ces milliers de personnes qui doivent tenter de survivre tant bien que mal là où elles le peuvent.

Alors tout comme son équivalent végétal, la jungle repoussera là où elle le pourra tant qu’on refusera de voir qu’il y a là des êtres humains, des familles, par milliers, qui ne cherchent qu’à pouvoir aspirer à une vie décente et qui, en attendant, survivent dans les pires conditions qui soient. 

Et la survie ne tient que grâce à l’aide et à la solidarité de nombreux bénévoles qui, eux, se refusent de laisser crever des gens au seuil de leur porte, au seuil de nos frontières meurtrières. Mais cette entraide une fois de plus rencontre ses limites, d’autant plus qu’aujourd’hui, les CRS ont pour ordre d’empêcher le ravitaillement de bois et de gaz, éléments essentiels pour permettre de cuisiner pour ces milliers de personnes.

Les autorités françaises avaient prétendu trouver une solution, rien d’autre qu’un prétexte en réalité. Cette solution, ce sont des containers entourés de grillages et barbelés, dans lesquels s’entassent 12 personnes par boite métallique. C’est un peu comme si on expulsait une famille de son logement insalubre, pour la reloger de force dans un autre. Seulement, cette fois, en lui imposant de vivre avec deux autres familles, dans 40 m2. Plus d’intimité. Une surveillance permanente, le relevé des empreintes, … bref, une prison à ciel ouvert.

Cette solution, c’est un camp sous contrôle avec mille places disponibles pour plus de 5000 personnes dans la jungle.

Alors forcément… Forcément, la jungle repousse, inévitablement, invariablement, avec ses maisons de fortunes, avec ses commerces improvisés, ses lieux de cultes, ses écoles de carton, sa boue, sa misère et sa violence. 

Dans ce no mans land où personne n’a rien, où seul l’espoir maintien en vie, où personne n’est rien, où l’existence est passée sous silence… la vie joue les équilibristes sur un fil.  Dans la jungle, la survie se paie chère, et la vie très facilement se perd… mais qui viendra réclamer le corps, qui osera demander des comptes, qui se préoccupera de savoir ce qui s’est réellement passé ?

Voilà à quelle réalité sont confrontés des milliers de personnes, pour beaucoup des jeunes, destinés à vivre dans la plus grande des violences, dans le plus grand des silences.

Laure Miège / Karim Brikci-Nigassa  / Krasnyi Collective