22-01-2016

En marge de la « jungle » de Calais, dans un projet immobilier d’éco-quartier, des centaines de tentes se dressent. A peu près trois mille migrant-e-s s’entassent dans des conditions dignes des pires bidonvilles dont plus de huit cent femmes et enfants.

Aucune infrastructure ou presque n’existe dans le camp. En effet, la France qui aime à voir ses ministres, sac de riz sur l’épaule, voler au secours des victimes de la famine, laisse celles fuyant ses propres bombes croupir dans la boue, littéralement.

Jusqu’ici très peu d’organisations ont eu droit à un mandat pour intervenir sur le camp. Médecins sans frontières et Médecins du Monde organisent une consultation médicale. Et les soins qui y sont donnés témoignent d’une situation injustifiable. Les brûlures sont nombreuses dans un camp où le moyen le plus évident pour obtenir un peu de chaleur est le feu de bois alors que toutes ces tentes sont des torches potentielles. La galle est partout alors que rien n’est fait pour assurer un minimum d’hygiène et de salubrité. Les infections respiratoires pullulent là où l’humidité et le froid règnent.

Dans ce champ de boue, des milliers de petites traces griffues se retrouvent partout dès qu’on s’éloigne un peu des chemins fréquentés. Des rats, confirment les humanitaires sur place. L’imagination se projette de nuit, dans une tente, encerclée par des nuées de rongeurs, tremblant de froid, enroulée dans une couverture humide, ses enfants blottis contre soi attendant le levée du jour ; attendant un jour meilleur.

Mais si ce n’est sans doute pas loin d’une réalité, la visite du camp et les personnes rencontrées lors des distributions de couvertures ou manteaux est autre : sourire, gentillesse, reconnaissance, poignées de mains, dérision, humour. Malheureusement ces deux réalités sont conciliables …

Une chose est sur : de ce camp de boue s’élève un Golem. Et c’est celui de l’échec de l’état. Echec d’une politique étrangère guerrière, de l’application des conventions internationales, d’une politique humaine, etc Et au final, la négation des droits humains les plus fondamentaux, ceux là même dont la France est l’auteur.

Ne nous leurrons pas si vous fouillez la boue du camp de Grande-Synthe, c’est le cadavre de l’humanité de nos politiques que vous retrouverez pourrissant et rongé par les rats.

Jérôme Peraya / Ben Art’Core / Krasnyi Collective