Paris / 23-06-2016 /

Après les nombreux barrages filtrants de la police, après l’arrestation de nombreuses personnes pour détention de masques et de lunettes de piscine, rendez-vous place de la Bastille. Au programme, un petit tour de manège : « 1,6 kilomètres de manifestation sur la Seine. 800 mètres sur une rive, 800 mètres sur l’autre, on va tourner en rond comme ça pendant combien de tours? », nous dit un manifestant. Et surtout ne parlez pas trop fort, ne criez pas : « Etat d’urgence, Etat policier, on ne nous enlèvera pas notre droit de manifester ! » au risque de vous faire sortir de la « manifestation » et de vous faire arrêter par la même occasion. « Nous nous sommes faits contrôler parce que nous avions une casquette de chantier accrochée à notre ceinture. Après un contrôle de notre carte d’identité, ils nous ont gardés une petite heure sans nous dire pourquoi. Puis, sans nous dire pourquoi, ils nous ont embarqués, menottés, afin de nous emmener dans un centre de rétention de manifestants dans le Nord de Paris, où nous sommes restés à une quarantaine pendant deux heures. Il y avait régulièrement de nouveaux arrivants.»

En plus d’un important dispositif policier, le service d’ordre de la CGT-FO s’est joint à eux afin d’étouffer toute contestation dirigée vers la police ou encore toute tentative de sortir du parcours autorisé par le gouvernement et négocié la veille au soir avec une partie de l’intersyndicale, selon certaines sources la CGT et Force Ouvrière, mettant à l’écart les autres syndicats (Sud, solidaire, CNT). Ce qui pourrait fortement remettre en question la suite d’une union intersyndicale, nous explique un syndicaliste présent. « Pathétique », « triste » sont les qualificatifs de cette « manifestation ». En effet, comme beaucoup l’ont soulevé « une manifestation ce n’est pas tourner en rond ! ». Cependant, on peut se demander si même sur un parcours traditionnel négocié avec la préfecture de police, ce n’est pas aussi toujours tourner en rond. De nouvelles formes d’organisations entre lycéen-nes, étudiant-e-s, chômeurs-ses, salarié-e-s avec et sans-papiers ne doivent-elles pas être envisagées? Un clivage semble apparaître au sein du mouvement de contestation de la loi El Khomri, mettant à l’écart tout individu qui n’est pas en accord avec les visions syndicales qui tentent à tout prix de se «décriminaliser». Et qui pour cela sont prêtes à répondre aux injonctions gouvernementales de : « manifestez… mais pas trop fort ! ».

Laurence Grun / Alex GD / Pierre Vanneste  / Ben Art’Core  /  Krasnyi Collective