Bruxelles / 12-04-2016 /

Dans un quartier de Saint-Josse à Bruxelles, perdue entre Madou et Botanique, une vieille maison de maître à l’apparence vide héberge dans l’indifférence plus d’une centaine de personnes. Début février, ses occupants fêtaient le triste premier anniversaire de « l’occupation Ebola », immeuble abandonné et insalubre qui porte le nom d’une épidémie qui a fait des milliers de victimes en Afrique de l’Ouest.

Cette maison grouille d’une vie pouvant paraître des plus ordinaires. Un microcosme s’y est créé, avec les habitudes et problématiques que chaque être humain est amené à rencontrer un jour dans sa vie. Tous les matins, Aissatou accompagne son fils Ibrahim, 3 ans, à l’école. Avant de préparer le souper, Kessou Dialo prend le temps de prier. Mohammed et Oma regardent la télévision au rez-de-chaussée, Ali lui répare les sanitaires. Maimouna et Mariame discutent du manque de rangement dans leur chambre commune tandis que Halimatou Barry, atteinte de diabète, tente de se reposer à côté. Binta attend un heureux événement, la future maman s’apprête pour sortir avec ses amies afin de chercher un autre logement.

Derrière ce quotidien à l’apparence banale, se cache une réalité beaucoup plus complexe. Beaucoup plus complexe car visiblement, les autorités belges considèrent que fuir son pays, mettre sa vie en danger parfois plusieurs fois pour simplement survivre n’est pas un motif acceptable pour obtenir des papiers et vivre décemment en Belgique.

Etre sans papier, c’est être sans droit. Pas de permis de travail, pas le droit de travailler donc pas de revenu ou alors, des petits jobs au noir, sans l’assurance d’être payé ni protégé en cas de surexploitation ou de violence de la part du patron. Sans revenu, cela signifie ne pas avoir de quoi se loger, trouver un toit. En cas de maladie, les soins de santé sont restreints. Bref, être sans droit c’est être totalement vulnérable. Une femme va bientôt accoucher et part visiter une maison où elle pourra mener à bien sa maternité. D’ici quelques semaines, Binta va donner naissance à son enfant et cherche une solution pour qu’il ne passe pas ses premiers jours dans une maison humide, envahie par les cafards. Dans un espace où l’intimité est aussi inexistante que la vie privée, naissance et maternité sont impossibles à gérer.

Mais à toutes ces complications s’en ajoute une et pas des moindres, la peur. La peur qu’à tout moment l’un d’entre eux soit arrêté et envoyé de force en centre fermé, dernière étape avant l’expulsion. Le 17 mars 2016, Diallo Aliou était parti chercher du travail et n’est jamais rentré à l’occupation.

Ceci est le quotidien d’êtres humains devenus des ombres. Des ombres qui luttent pour leurs droits tant bien que mal, affrontant une violence quotidienne, causée par le silence des décideurs.

Marjorie Goffart / Stagiaire au Krasnyi Collective