Vive la Commune !

Le 18 mars 1871 marque le début de la Commune de Paris : une révolution ouvrière, démocratique et sociale. Celle-ci s’inscrit dans la lignée des révolutions populaires parisiennes qui ont jalonné le siècle qui la précède : 1789, 1830, 1848. Dans une France profondément inégalitaire, dont le prolétariat ne cesse de refuser le joug qui lui est imposé et de se rebeller face au Second Empire, les années 1870-71 sont charnières. Pour contrer le bouillonnement insurrectionnel et étouffer les libertés publiques, Napoléon III décide de détourner l’attention en déclarant la guerre à la Prusse. Le 2 septembre, Napoléon III est fait prisonnier à Sedan, et le 4, la Troisième République est proclamée. Après un siège de plusieurs mois par l’armée prussienne, le nouveau gouvernement capitule face à l’ennemi. Le peuple, lui, refuse de plier. Lorsque le 18 mars, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, décide de s’emparer des canons appartenant au peuple parisien, c’est l’humiliation de trop : l’insurrection commence.

Face à cette auto-organisation des travailleurs et travailleuses, le gouvernement basé à Versailles organise la contre-révolution. Le 21 mai 1871 commence ce qui sera retenu dans l’histoire comme la Semaine sanglante : une répression brutale, cruelle et féroce. Les communards et communardes défendent Paris jusqu’au bout en se battant sur les barricades élevées dans toute la ville. C’est dans le sang que se finira cette expérience révolutionnaire menée par celles et ceux qui rêvaient d’une société de solidarité, de justice et d’égalité.

Raconter aujourd’hui l’histoire de la Commune poursuit avant tout deux objectifs. Nous voulons, d’une part, rendre hommage aux communards et communardes qui ont, en l’espace de quelques semaines, rêvé et expérimenté un monde plus égalitaire et solidaire ; d’autre part, remettre en lumière leurs idéaux et actions, qui ont animé et animent toujours les mouvements aspirant à une démocratie radicale et populaire, ainsi qu’à l’auto-organisation des travailleurs et des travailleuses.

18 Mars 2021

Sixtine d’Ydewalle, recherches et textes

Karim Brikci-Nigassa, recherches, textes et photos

Thibaut Dramaix, dessins

Manu Scordia, dessins

© Krasnyi Collective

Vous souhaitez visiter Paris sur les traces de la Commune de 1871 :

Notre mapping de la ville


Le livre de l’exposition avec les textes complets est disponible au prix de 10€ / 15€ prix de soutien.

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A propos de Never Forget

Never Forget est une collection éditée par le Collectif Krasnyi. Nous partons du constat que l’histoire populaire, l’histoire des luttes sociales, l’histoire de leur répression par la classe dominante est consciemment occultée, ou en tout cas absente de manière visible dans les lieux que nous sommes toutes et tous amenés à parcourir quotidiennement.

Dans cette série, après un temps de recherches historiques et géographiques, nous arpentons nos villes et nos campagnes à la recherche des endroits où se sont déroulés les événements majeurs de l’histoire que l’on cherche à raconter. Des photographies de ces lieux contemporains sont capturées et ensuite interprétées par les dessinateurs qui tentent de reconstituer au mieux les événements historiques en question. Nous espérons que ces photographies dessinées vous permettront de découvrir ou redécouvrir un pan important de notre histoire.


“Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines.”

– Eugène Varlin

A L’ORIGINE DE LA COMMUNE

PROCLAMATION DE LA RÉPUBLIQUE (1)
Assemblée nationale française, 126 rue de l’Université, Paris

Le 4 septembre 1870, après que Napoléon III a été fait prisonnier par la Prusse, les républicains proclament la Troisième République à l’Hôtel de Ville sous la pression de la foule.

INSURRECTION DU 31 OCTOBRE (2)
Place de l’Hôtel de Ville, Paris

Le 31 octobre, à la rumeur d’une capitulation française face à la Prusse, la foule se masse devant l’Hôtel de Ville et appelle à la Commune, en référence à la Commune insurrectionnelle de 1792.

HIVER 1870-1871 (3)
Angle rue Myrha et rue des Poissonniers, Paris

Le siège de la capitale par l’armée prussienne, commencé en septembre, se prolonge dans des conditions très difficiles : hiver glacial, raréfaction des denrées et pénurie de bois sont le lot de la population parisienne.

ÉVASION DE FLOURENS (4)
Prison de Mazas, 23-25 boulevard Diderot, en face de la gare de Lyon, Paris

Le révolutionnaire Flourens, enfermé à la prison de Mazas à la suite de la tentative d’insurrection du 31 octobre, s’évade de prison avec l’aide de ses amis dans la nuit du 21 au 22 janvier 1871.

RÉPRESSION DU 22 JANVIER (5)
Place de l’Hôtel de Ville, Paris

Le 22 janvier, la foule et la Garde nationale arrivent à l’Hôtel de Ville pour refuser de rendre Paris : l’insurrection est réprimée à la mitrailleuse. Il s’agit de la deuxième tentative avortée d’insurrection et de mise en place de la Commune. Jamais deux sans trois…

FERMETURE DU CRI DU PEUPLE (6)
Siège du Cri du peuple, 9 rue d’Aboukir, Paris

La répression de l’insurrection du 22 janvier se poursuit, et les autorités décident de fermer plusieurs journaux d’opposition, d’interdire les clubs et d’arrêter de nombreux opposants politiques.

DÉCLARATION DES COMITÉS DE VIGILANCE (7)
Siège de l’Association internationale des travailleurs, 14 rue de la Corderie, Paris

Fin février, les comités de vigilance des vingt arrondissements, qui forment un contre-pouvoir à la politique municipale, se réunissent en assemblée et émettent une déclaration de principe qui sera affichée sur les murs de Paris.

ÉLECTIONS DU COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE (8)
Colonne de Juillet, place de la Bastille, Paris

Les gardes nationaux se constituent en Fédération républicaine de la Garde nationale, proclament la défense de la République et élisent un Comité central. Au cours d’un défilé d’une centaine de bataillons place de la Bastille fin février, un garde national, sous les cris de “Vive la Commune !”, place un drapeau rouge au sommet de la Colonne de Juillet.

DÉFILÉ DES PRUSSIENS DANS PARIS (9)
Angle rue de Rivoli et place de la Concorde, Paris

L’armistice signé le 26 février ne suffit pas à l’armée prussienne qui exige de défiler dans la capitale le 1er mars. Le Comité central de la Garde nationale fait élever des barricades et décide de déplacer ses canons vers la butte Montmartre.

SOULÈVEMENT DU 18 MARS

“Les foules sont quelques fois l’avant-garde de l’océan humain.”

– Louise Michel

Le 18 mars se déroule une nouvelle tentative du gouvernement de réduire Paris par une démonstration de force, en tentant de reprendre les canons de la population parisienne payés par souscription populaire. L’opération prend un retard considérable. Le tocsin sonne, le peuple s’éveille, et une foule de femmes, d’enfants et de gardes nationaux arrivent sur la butte qu’ils reconquièrent dans la matinée. Le général Lecomte ordonne aux soldats de la ligne de tirer sur la foule. Or ceux-ci s’y refusent, mettent la crosse en l’air, fraternisent avec la foule et font arrêter Lecomte. Celui-ci sera fusillé dans l’après-midi par un peloton confus, tout comme le général Clément Thomas, reconnu et arrêté plus tôt dans la journée en vertu du rôle qu’il a joué dans la répression de 1848.

Pendant ce temps, dans tout Paris, la population et la Garde nationale fraternisent avec les soldats et érigent des centaines de barricades. Adolphe Thiers, chef de l’exécutif, affolé par l’insurrection populaire, donne l’ordre au gouvernement et à l’administration de quitter la ville pour rejoindre l’Assemblée nationale à Versailles. Dans la soirée, le Comité central de la Garde nationale, désormais maître de facto de la ville, se réunit à l’Hôtel de Ville et décide de l’organisation d’élections pour la Commune de Paris.

FRATERNISATION (10)
Butte Montmartre, Paris

EXÉCUTION DE LECOMTE ET THOMAS (11)
6 rue du Chevalier de la Barre (anciennement, rue des Rosiers), Paris

PREMIÈRES BARRICADES (12)
Rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris

FUITE DE THIERS (13)
Ministère des Affaires étrangères, quai d’Orsay, Paris

LES DEBUTS DE LA COMMUNE 

LES AMIS DE L’ORDRE (14)
Place Vendôme, Paris

Face à l’insurrection populaire, les 22 et 23 mars, la haute société parisienne manifeste en direction de la place Vendôme, quartier général du Comité central de la Garde nationale, sous le nom des “Amis de l’Ordre”. Des coups de feu sont alors tirés par ces manifestants, et la Garde nationale riposte pour les disperser, provoquant douze morts chez les Amis de l’Ordre, et deux parmi les fédérés.

PROCLAMATION DE LA COMMUNE (15)
Place de l’Hôtel de Ville, Paris

Le 28 mars, les résultats des élections de la Commune sont annoncés et celle-ci est proclamée à l’Hôtel de Ville devant une foule d’environ 200.000 personnes. Les élus présentent une grande diversité professionnelle, dont une trentaine d’ouvriers et artisans et une quinzaine de gardes nationaux.

TOUTES ET TOUS À VERSAILLES ! (16)
Place de la Concorde, Paris

Après une attaque par l’armée du gouvernement replié à Versailles, des dizaines de milliers de personnes réunies en bataillons convergent vers la place de la Concorde le 2 avril. Relativement désorganisée, l’offensive est mise en déroute et environ 1500 fédérés sont faits prisonniers puis exécutés.

EXÉCUTION DE FLOURENS (17)
Quai de Chatou, Rueil, aux abords de Paris

Refusant de battre en retraite pendant la déroute de la sortie vers Versailles, le révolutionnaire Flourens est exécuté sommairement à Rueil.

BLANQUI L’ENFERMÉ (18)
Fort du Taureau, baie de Morlaix, Bretagne

Le 17 mars, à la veille de la Commune, Thiers fait enfermer Blanqui, qui a passé 43 années sur ses 75 années de vie en prison à cause de ses actions politiques insurrectionnelles. Malgré une proposition de la Commune d’échanger 74 otages, dont l’archevêque de Paris, contre Blanqui, Thiers refuse, sachant que rendre Blanqui à la révolution aurait donné “une tête à la Commune”.

SOUS LA COMMUNE 

“Non, frère, le travail ne donne pas la propriété. Elle se transmet par hasard ou se gagne par ruse. Les riches sont des oisifs; les travailleurs sont des pauvres, — et restent pauvres. C’est la règle, le reste n’est que l’exception.”

– André Léo, Manifeste au travailleur des campagnes, 10 avril 1871.

INCENDIE DE LA GUILLOTINE (19)
Place Léon Blum (anciennement, place Voltaire), Paris

“Jeudi [6 avril], à neuf heures du matin, le 137e bataillon, appartenant au XIe arrondissement . . . a réquisitionné et pris la guillotine, il a brisé en morceau l’hideuse machine et, aux applaudissements d’une foule immense, il l’a brûlée.” – Journal Officiel de la Commune de Paris du 8 avril 1871.

LA DÉMOCRATIE DANS LA COMMUNE

L’évolution démocratique réalisée par la Commune, c’est tout d’abord celle d’avoir un conseil municipal élu. Mais c’est bien plus encore : c’est l’idée d’une commune autonome fonctionnant en démocratie directe. Néanmoins, la démocratie directe, qu’on associe traditionnellement à la Commune, n’est pas tant celle pratiquée à l’Hôtel de Ville, que celle que l’on retrouve dans de multiples assemblées, telles que les comités d’arrondissement, organisant la gestion de leurs affaires au travers d’une vie locale très active, les assemblées de la Garde nationale, les sections de l’Internationale, les chambres syndicales, et surtout, les clubs. Ainsi, ce qui différencie la Commune du gouvernement représentatif, c’est la constante assemblée du peuple au sein de ces multiples espaces pour discuter, débattre, prendre position sur les affaires publiques, et surtout, contrôler le Conseil de la Commune. Et la presse est l’un des nombreux lieux de débat, comme Le Cri du peuple ou Le Père Duchêne, qui se lit à haute voix dans les lieux publics.

CLUB DES PROLÉTAIRES (20)
Église Sainte-Marguerite, 36 rue Saint-Bernard, Paris

Les clubs, des assemblées réunies dans les églises regroupant des centaines voire des milliers de personnes dont de nombreuses femmes, marquent l’histoire de la Commune par leur profusion, leur activité politique intense et leur radicalité.

CAMP MILITAIRE À VERSAILLES (21)
Château de Versailles, place d’Armes, Versailles

Pendant que la Commune réinvente l’éducation, le travail et la démocratie, que la presse radicale se multiplie et que les femmes s’organisent politiquement, Versailles prépare la répression et se transforme en vaste camp militaire, financé essentiellement par la “bonne société” et par la Banque de France. 

DESTRUCTION DE LA MAISON DE THIERS (22)
27 place Saint-Georges, Paris

Le 12 mai, la maison de Thiers est détruite par des gardes nationaux sur décret de la Commune, en représailles aux bombardements des versaillais sur Paris. Après la Commune, Thiers exigera de se faire rembourser sa maison sur fonds publics à un prix exorbitant, ce qu’il obtiendra.

LES FEMMES AU SEIN DE LA COMMUNE 

Pendant la Commune, plusieurs femmes, dont Nathalie Le Mel et Elisabeth Dmitrieff, s’associent pour créer l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. Mêlant conscience de classe et de genre, l’Union des femmes rappelle que “toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes constituent une des bases du pouvoir de la classe dirigeante”. Cette association se réunit tous les jours et enregistre les femmes se mobilisant pour défendre la ville. En effet, beaucoup de femmes sont sur le front, soit en tant que cantinières ou ambulancières comme Victorine Brocher ou Alix Payen, soit comme combattantes, comme, par exemple, Louise Michel. Par ailleurs, l’Union des femmes travaille en étroite association avec la commission du Travail qui déclare que “le travail des femmes étant le plus exploité, sa réorganisation immédiate est donc de toute urgence”. Même si elles n’ont pas eu le droit de vote aux élections de la Commune, les femmes luttent pour non seulement créer leurs propres clubs, mais également pour ouvrir les clubs réservés aux hommes ainsi que les réunions de quartier à la participation des femmes. Dans ces clubs, elles prennent la parole et défendent leurs droits, notamment l’égalité salariale.

LES RÉALISATIONS DE LA COMMUNE 

Afin de gérer la ville, la Commune relance tant bien que mal les services publics et s’occupe des tâches administratives. Outre ces affaires courantes, la Commune prend plusieurs mesures sociales. En effet, comme le rappelle Léo Frankel, délégué de la Commune au Travail, “nous ne devons pas oublier que la Révolution du 18 mars a été faite par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, je ne vois pas la raison d’être de la Commune.” Les premières mesures sont le report de l’échéance des loyers dus pendant le siège, la prolongation du moratoire des échéances commerciales et l’interdiction de la vente des objets du Mont-de-Piété mis en gage par la population pauvre. Elle introduit ensuite des mesures de protection des ouvriers, comme l’interdiction des amendes et retenues sur les salaires des travailleurs, ainsi que la suppression du travail de nuit des ouvriers boulangers.

Au niveau politique, la Commune décide de l’abolition des privilèges des officiers publics, en introduisant un plafond des traitements et en interdisant le cumul des mandats. Pour ce qui est de la justice, la Commune entame des réformes : elle décide de l’élection des magistrats, de la gratuité et de la liberté de la défense et de la gratuité des actes. Au niveau religieux, la Commune s’affirme comme résolument anticléricale. Outre la transformation des églises le soir en clubs révolutionnaires, la Commune proclame la séparation de l’Église et de l’État. Par ailleurs, la commission de l’Instruction publique pose les bases d’un enseignement gratuit, laïc et obligatoire. Pour finir, la Commune prend également des mesures symboliques, comme celle d’adopter le drapeau rouge, le drapeau des travailleurs et travailleuses.

CHUTE DE LA COLONNE VENDÔME (23)
Place Vendôme, Paris

En défi à l’ère bonapartiste, la Commune fait détruire le 16 mai la colonne Vendôme, ce “monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité”.

“Paris est un vrai paradis : point de police, point de sottises, point d’exactions d’aucune façon, point de disputes. Paris va tout seul comme sur des roulettes, il faudrait pouvoir rester toujours comme cela, en un mot c’est un vrai ravissement !”

– Gustave Courbet

CONCERT AUX TUILERIES (24)
Jardin des Tuileries, Paris

Le 21 mai, vers 18h, à la poterne du Point du Jour, l’armée des versaillais se déversent dans la ville par la Porte de Saint-Cloud. Pendant ce temps, la Garde nationale organise un concert aux Jardins des Tuileries en faveur des veuves et orphelins de la Commune.

LA SEMAINE SANGLANTE 

RÉPRESSION À MONTMARTRE (25)
Impasse du Tertre, Paris

Malgré la résistance des communards et communardes, l’armée versaillaise, composée de 130.000 hommes, progresse dans Paris sans faire de prisonniers, fusillant sommairement les combattants et combattantes. Commence alors ce qui sera retenu dans l’histoire comme la Semaine sanglante. Le 23 mai, dès l’aube, les combats font rage à Montmartre et à midi, Montmartre tombe. La légende raconte qu’une fédérée, voyant son amant tué sur une barricade de Montmartre, revêtit son uniforme pour se battre à sa place, et, blessée d’une balle dans la gorge, revint sur le trottoir de l’Impasse du Tertre où elle vivait pour y mourir.

REPRISE DE LA BANQUE DE FRANCE (26)
Banque de France, 1 rue de la Vrillière, Paris

Le 24 mai, les versaillais envahissent le cœur de Paris : place de la Concorde, rue Royale, place Vendôme… Ils écrasent les barricades rue de Rivoli et reprennent la Banque de France.

PARIS EN FLAMMES (27)
Vue de la ville depuis la Butte Montmartre, Paris

Le 23 mai à la fin du jour, Paris flambe, tant à cause des obus versaillais que des incendies déclenchés par les communards et communardes en déroute. Ces incendies donneront lieu au mythe des Pétroleuses, ces femmes qui auraient incendié Paris avec des lampes à pétrole. Ce mythe a été construit dans les semaines qui ont suivi la Semaine sanglante afin de monter l’opinion publique contre les communardes et de les faire condamner.

MORT DE DELESCLUZE (28)
Place de la République (anciennement, place du Château-d’Eau), Paris

Le 25 mai, malgré une résistance acharnée des communards et communardes, les versaillais ont reconquis la quasi-totalité de la ville en quelques jours. Place du Château-d’Eau, l’élu communard Charles Delescluze retourne désespérément sur les barricades pour y trouver la mort. L’échec de la Commune vient s’ajouter à ceux de 1830 et 1848 qu’a connus ce vieux révolutionnaire fatigué.

EXÉCUTIONS SOMMAIRES (29)
Jardin du Luxembourg, Paris

Les places publiques de Paris se transforment en charniers. Après des jugements sommaires, où les versaillais condamnent au moindre soupçon, les communardes et communards sont exécutés à la chaîne. Les corps sont ensuite soit empilés, soit enterrés sur place dans des fosses communes, parfois encore vivants.

ASSASSINAT DE MILLIÈRE (30)
Panthéon, place du Panthéon, Paris

Le 26 mai, Jean-Baptiste Millière, député républicain d’extrême gauche et journaliste, est fusillé sur les marches du Panthéon par les versaillais en criant “Vive l’humanité”. L’exécution de Millière, qui n’était pas membre de la Commune, est l’expression de la férocité de la répression des versaillais.

LES OTAGES (31)
85 rue Haxo, Paris

Le 26 mai, la foule amène rue Haxo cinquante otages, dont des prêtres, des mouchards et des gendarmes, en vue de les exécuter. Face aux otages massés dans la cour, des responsables du Comité central de la Garde nationale, ainsi que des membres de la Commune tentent d’empêcher les exécutions au péril de leur vie, en vain.

TAG DANS L’ÉGLISE (32)
Église Saint-Paul-Saint-Louis, 99 rue Saint-Antoine, Paris

Durant la Semaine sanglante, des adolescents du groupe des “Enfants du Père Duchêne” se cachent des versaillais et passent la nuit dans l’église Saint-Paul-Saint-Louis. Ils écrivent un graffiti, toujours visible aujourd’hui, sur l’une des colonnes : La République française ou la mort.

ULTIME COMBAT AU PÈRE-LACHAISE (33)
Cimetière du Père-Lachaise, 16 rue du Repos, Paris

Le 27 mai, les versaillais prennent d’assaut le cimetière, un des derniers lieux encore occupés par les communards et communardes. Après des heures de combats déchaînés, laissant des impacts de balles sur les tombes, le combat finit à l’arme blanche.

AU MUR DES FÉDÉRÉS (34)
Cimetière du Père-Lachaise, 16 rue du Repos, Paris

Dans la nuit du 27 au 28 mai, 147 fédérés sont faits prisonniers. Au petit matin, ils sont alignés le long d’un mur du cimetière, fusillés et enterrés dans une fosse commune. Ce mur est aujourd’hui connu sous le nom de Mur des Fédérés, lieu de commémoration du mouvement ouvrier depuis 1880.

DERNIÈRE BARRICADE (35)
Rue Ramponeau, Paris

Le 28 mai, Belleville, le dernier bastion communard, est assiégé. À 15h, la dernière barricade à l’angle des rues Ramponeau et de Tourtille tombe. À 16h, c’est le silence.

“Le sol de Paris est jonché de leurs cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon, il faut l’espérer, aux insensés qui osaient se déclarer partisans de la Commune.”

– Adolphe Thiers

L’AGONIE DE VARLIN (36)
Rue du Chevalier de la Barre (anciennement, rue des Rosiers), Paris

Après s’être battu jusqu’au bout, Eugène Varlin, élu à la Commune, est reconnu et dénoncé par un prêtre. Il est traîné dans la rue sous les coups et les jets de pierre, pour ensuite être fusillé sommairement rue des Rosiers.

VICTOR HUGO ATTAQUÉ (37)
Place des Barricades 4, Bruxelles

Victor Hugo offre l’asile aux communards chez lui, à Bruxelles. Cette invitation est mal reçue par les réactionnaires belges qui organisent une manifestation hostile devant la maison d’Hugo pendant la nuit du 27 au 28 mai, armés de flambeaux et jetant des pierres sur ses fenêtres.

UNE RÉPRESSION SANS FIN

L’INTERNATIONALE (38)
80 rue Myrha, Paris

Comme beaucoup de celles et ceux qui fuient la répression, l’élu à la Commune Eugène Pottier se cache. Il restera pendant deux mois dans un grenier rue Myrha et il y écrira les paroles de l’Internationale, qui deviendra l’hymne de la classe ouvrière.

AUX SERRES DE L’ORANGERIE (39)
Serres de l’Orangerie, Château de Versailles, Versailles

En attendant leur procès pendant des mois, environ 43.000 prisonniers et prisonnières se retrouvent entassés dans les serres de l’Orangerie à Versailles. Maltraités, étendus dans la boue avec interdiction de bouger, nombreux sont celles et ceux qui ont succombé par manque de soin ou par faim.

DÉPART DES DÉPORTÉS ET DÉPORTÉES (40)
Rade de Brest, Brest

Les communards et communardes qui finirent par être condamnés à la déportation en Nouvelle-Calédonie sont amenés à Brest, qui vit partir des milliers de déportés et déportées. Le bagne est un enfer duquel beaucoup ne reviendront pas.

LES CHIFFRES DE LA RÉPRESSION 

« Nos soldats ont simplifié la besogne de la cour martiale. Il reste à Thiers de purger Paris. Nous devons traquer la bête démocratique et sociale … »

– Le Figaro

Pour comprendre ce qu’a été la violence versaillaise, nous laissons les chiffres parler d’eux-mêmes. Ceux-ci sont très variables selon les sources mais ils ne laissent aucun doute quant à l’ampleur de la répression des communards et communardes par Versailles, qui crée 24 conseils de guerre pour les juger, actifs jusqu’en 1877 :

  • Nombre de communards et communardes tués pendant la Semaine sanglante : 20.000 à 30.000
  • Nombre de prisonniers et prisonnières après la Semaine sanglante : 43.000
  • Nombre de dénonciations : 399.923
  • Nombre de communards et communardes jugés : 36.309
  • Nombre de communards et communardes condamnés : 13.440
  • Nombre de communards et communardes condamnés à mort : 268 (dont 26 exécutés et 175 condamnés par contumace)
  • Nombre de communards et communardes déportés (déportation simple, en enceinte fortifiée ou travaux forcés) : 4837
  • Nombre de communards et communardes condamnés à la prison : 4661 (dont des enfants)
  • Nombre de communards et communardes qui se sont exilés : probablement 10.000 (dont 3500 en Angleterre, 2000 à 3000 en Belgique et un petit millier en Suisse)

RETOUR DE LOUISE MICHEL (41)
Gare Saint-Lazare, Paris

En 1880, à la suite de l’amnistie totale, beaucoup rentrent en France. À leur retour, ils et elles sont accueillis par la foule et des banquets sont organisés en leur honneur, comme pour Louise Michel qui retourne à Paris par la gare Saint-Lazare le 9 novembre.

LES 15 ANS DE LA COMMUNE À LIÈGE (42)
Place Delcour 23, Liège

Pour célébrer le quinzième anniversaire de la Commune de Paris le 18 mars 1886, plusieurs milliers de personnes manifestent dans la ville en criant “Vive la Commune !”. Le lendemain, la région liégeoise est paralysée par des grèves.

L’INSURRECTION S’ÉTEND (43)
Rue des Hamendes 175, Jumet

L’insurrection ouvrière se répand. À Jumet, le 26 mars vers 16h, une foule de 5000 grévistes se dirigent vers les verreries et le Château Baudoux pour les incendier. Le 27 mars, à Roux, environ 700 grévistes se font tirer dessus sans sommation par la troupe, menant à la mort de 14 personnes. Malgré la répression, ces grandes grèves forceront la bourgeoisie belge à des concessions : l’instauration des premières lois sociales.

LA COMMUNE N’EST PAS MORTE !

“La grande mesure sociale de la Commune, ce fut sa propre existence et son action” écrivait Karl Marx. Alors que certains considèrent l’expérience de la Commune comme un péché à expier, ou encore comme une histoire à oublier, nous voyons la Commune comme une source d’inspiration pour le siècle de luttes ouvrières qui a suivi, et plus que jamais, pour les luttes à venir. En effet, la Commune a été la mise en pratique de ce qui, jusque-là, ne relevait que de l’utopie. L’ampleur et la férocité de la répression que les communards et communardes ont subie s’expliquent essentiellement par la menace que cette tentative d’autogouvernement posait à la classe dirigeante et à l’ordre établi. Cette expérience, comme l’ensemble des expériences révolutionnaires et progressistes, peut nous donner, nous l’espérons, l’envie de nous battre pour un monde meilleur, un monde de justice, de solidarité et d’égalité. Tant que nous continuons à nous rappeler de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus au prix de leur vie pour leurs idées, la Commune n’est pas morte. Vive la Commune !

“Quant à vous, obscurs héros populaires qui êtes tombés dans les rues de Paris pour l’avènement de la République sociale, prisonniers, déportés, proscrits, tant de sacrifices, tant de souffrances n’auront pas été inutiles. Il hâte l’aurore du jour où l’humanité, débarrassée des prêtres qui abrutissent, des soldats qui tuent, des capitalistes qui spolient, se réjouira au spectacle de tous ses enfants égaux, solidaires, travailleurs et libres.”

– Benoît Malon 


Bibliographie :

Livres :

  • Jean Allemane, Mémoires d’un communard, La Découverte, 2001 (1906).
  • Michèle Audin, Eugène Varlin, Ouvrier relieur (1839-1871) (écrits rassemblés et présentés par Michèle Audin), Libertalia, 2019.
  • Michèle Audin, La Semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes, Libertalia, 2021.
  • Jean Baronnet et Xavier Canonne, Le Temps des Cerises, Pandora et Editions de l’Amateur, 2011.
  • Victorine Brocher, Souvenirs d’une morte vivante. Une femme dans la Commune de 1871, Libertalia, 2017.
  • Julien Chuzeville, Léo Frankel. Communard sans frontières, Libertalia, 2021.
  • Didier Daeninckx, Le Banquet des Affamés, Gallimard, 2012.
  • Donny Gluckstein, The Paris Commune. A Revolution in Democracy, Haymarket Books, 2006.
  • Laure Godineau, La Commune de Paris par ceux qui l’ont vécue, Parigramme, 2010.
  • Henri Lefebvre, La Proclamation de la Commune, La Fabrique, 2018 (1965).
  • Prosper-Olivier Lissagaray, Histoire de la Commune de Paris de 1871, La Découverte, 1990 (1876).
  • Karl Marx, La Guerre Civile en France, 1871.
  • Raphaël Meyssan, Les Damnés de la Commune, 3t., Delcourt, 2017.
  • Louise Michel, La Commune de Paris, La Découverte, 2015 (1898).
  • Anne Morelli (éd.), Le Bruxelles des révolutionnaires de 1830 à nos jours, CFC éditions, 2016.
  • Alix Payen, C’est la nuit surtout que le combat devient furieux. Une ambulancière de la Commune, 1871 (textes rassemblés et présentés par Michèle Audin), Libertalia, 2020.
  • Kristin Ross, The Communal Luxury. The political imaginary of the Paris Commune, La Fabrique, 2015.
  • Jacques Rougerie, La Commune et les Communards, Gallimard, 1978.
  • Jacques Rougerie, La Commune de 1871, PUF, coll. Que sais-je ?, 1988.
  • Francis Sartorius et Jean-Luc De Paepe, Les communards en exil. État de la proscription communaliste à Bruxelles et dans les faubourgs (1871-1880), Extraits des cahiers bruxellois, tome XV-XVI, Bruxelles, 1971.
  • Tardi et Jean Vautrin, Le Cri du peuple, , Casterman, 2002.
  • Jules Vallès, L’Insurgé, Librairie générale Française 1986 (1886).

Brochures : 

  • Amies et Amis de la Commune de Paris, La Commune et la démocratie.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, La Commune : l’action des femmes.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, La Commune et l’école.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, La démocratie au travail.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, L’œuvre sociale de la Commune.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, Les clubs communards.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, La Commune et les étrangers.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, Les services publics sous la Commune.
  • Amies et Amis de la Commune de Paris, La Commune et la culture.

Documentaires, films et conférences :

  • Cécile Clairval-Milhaud et Olivier Ricard, La Commune de 1871, 1971.
  • Henri Guillemin, “La Commune de Paris”, Conférences, https://www.youtube.com/watch?v=PwXwDp3Ze7Q
  • Peter Watkins, La Commune (Paris, 1871), 2000.

 



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